CAMPAGNES DE FOUILLES 2006-2008

Fouille archéologique programmée (Programme 24), N° de site : 77.053.001.AH
(Titulaire de l'autorisation de fouille : Michel PIECHACZYK– Les Amis du Vieux Château)



Les dernières campagnes de fouille se sont déroulées sur :

  • les deux salles E et F qui composent le corps de bâtiment nord-est du logis seigneurial.

  • la tour sud, tour-latrines complexe.

  • les vestiges du chemin de ronde.

  • l'accès à la poterne sur les douves, au niveau de la lice S.O.


  • Les deux salles E et F composent le corps de bâtiments N.E. du logis seigneurial. L'analyse stratigraphique et l'étude préliminaire du matériel archéologique ont permis de distinguer cinq états successifs.
    ETAT 1 : Les salles E et F sont, dès leur origine (dernier quart du XIIe s.), conçues et liées dans un même programme architectural. La plus grande salle (F) rectangulaire (12,50 m sur 7,10 m) est jointive avec la tour Saint-Jean. La salle carrée (E), plus petite, (7,10 m de côté) est largement ouverte sur la précédente et occupe l’angle Est de l’enceinte. Celle-ci est aveugle à l’origine et ne possède pas de cheminée, mais elle bénéficie de la lumière de la salle rectangulaire contiguë grâce à deux larges passages sous arcs. Elle communique directement avec la salle basse de la tour Est, ainsi qu’avec le corps de bâtiment sud-est (salle D). Dans la grande salle rectangulaire (F), la cheminée, avec ses colonnettes aux bases sculptées, de profil daté du dernier quart du XIIe s., (comme dans les autres salles du logis) occupe le centre du mur de courtine. Deux fenêtres apportent la lumière de la cour et une massive colonne centrale supportait les poutres maîtresses longitudinales du plancher. La hiérarchie des volumes et leurs articulations nous inclinent à voir, dans cette grande salle, la cuisine médiévale d’origine.

    Cheminée de la salle F

    Base de colonnette fin XIIe


     

    L'ETAT 2 du XIVe siècle est caractérisé par une amélioration des circulations et une augmentation des surfaces utilitaires. L’ouverture de la pièce F, sur la lice nord-est, puis l’adjonction d’un bâtiment contigu (salle J) renforce cette hypothèse par les nécessités de ravitaillement puis de stockage. Des cloisonnements légers ou amovibles entre les salles E et F rationnalisent l'espace. Un escalier à palier, en partie inclus dans l'épaisseur de la courtine N.E., dessert le premier étage.

    Salle F en cours de fouille

    Restitution de l'escalier


     

    L'ETAT 3 du XVe siècle : Après la guerre de Cent Ans, la restructuration du bâtiment (vers 1470) et un remblaiement massif redistribuent tous les espaces. La salle carrée E, maintenant éclairée par une nouvelle baie, devient la cuisine, avec la création d’une cheminée et de fours. La grande cuisine d’origine perd sa cheminée et est cloisonnée. La circulation est tributaire d’une tourelle d’escalier à vis, hors-œuvre, sur cour. Nous quittons là le Moyen Age. Le corps de bâtiment ne reçoit ensuite que des transformations mineures (état 4), en fonction de son usage, jusqu’au XVIIIe s. (état 5), où il est remplacé par une modeste maison de gardien qui fera place à une grande bâtisse en 1880.

    Cloisonnement de la salle F

    Sol de carreaux


    La TOUR SUD. La tour sud, tour d'angle de 8,44 m de diamètre extérieur, sans escalier intérieur, présente une architecture complexe. Elle comporte deux accès, donnant chacun dans une salle différente du logis : le premier direct, le second se faisant par un passage étroit en gaine, ménagé dans l'épaisseur de la courtine sud-ouest. La tour renferme dans sa salle basse, un bassin ovoïde, alimenté en eau par trois canaux soigneusement maçonnés de pierres taillées, dans les fondations mêmes de la tour. Un premier canal d’apport provient du collecteur d’eaux pluviales situé dans la cour sud, il passe sous la salle d’angle du logis avant de déboucher dans le bassin de cette tour. Un second canal, sous la lice sud-ouest, amenait l’eau récupérée dans un double bassin longeant la courtine, sur les lices. Ce réseau subit plusieurs transformations. Un troisième canal ramenait l’eau de la lice sud-est. Un quatrième canal est l’unique conduit servant à l’évacuation, il s’ouvrait vers le sud-est, débouchant dans les douves, après avoir traversé le mur d’escarpe. Tout le circuit hydraulique souterrain desservait cette tour à usage de latrines. Les canaux sont intégrés aux maçonneries d'origine et relèvent donc de la phase de conception initiale du château, au XIIe s. Le bassin est surmonté d'une croisée d'ogives supportant des murs qui cloisonnent l'espace en quatre compartiments. Les deux premiers compartiments, accessibles chacun par les salles adjacentes du logis, sont surmontés de voûtes d'arêtes. Le volume des deux autres compartiments s’ouvrait sur le premier étage. Il a été couvert, secondairement, d'une voûte en berceau (traces de réparations). Le premier étage comporte une salle de plan carré avec une large baie vers l’est (rebouchée). Elle a succédé à une salle ronde, à l’origine plus petite et comportant un orifice au sol, de forme semi-circulaire, surplombant une partie du bassin de la salle basse. Ces dispositions servaient donc doublement le rez-de-chaussée, mais également les étages. On peut raisonnablement imaginer qu’il pouvait desservir également le deuxième étage, mais s’il n’existe plus de trace archéologique le démontrant, la présence d’un quatrième compartiment est un argument fort. Ce système témoigne du niveau d’hygiène du château et de la sophistication du réseau de récupération de l’eau de ruissellement, pour un usage de chasse d’eau.

    Compartiment nord des latrines (photo : H.Gaud)

    Croisée d'ogives du bassin


    Le chemin de ronde :Toutes les parties du château, conservant une hauteur suffisante, ont permis la mise au jour des vestiges du premier chemin de ronde, établi au XIIe s. et compris dans le programme architectural d’origine. Celui-ci faisait le tour du château sur les courtines et communiquait par deux escaliers droits avec le premier étage de la tour de Brie où se trouvait la chambre de la herse. Une même communication devait exister au niveau de la tour Saint-Jean, la tour maîtresse. Le chemin de ronde assurait un circuit militaire de surveillance et de défense, indépendant des zones résidentielles et des premiers étages des tours rondes. Tous les vestiges retrouvés montrent qu’il a été totalement condamné (rebouchage volontaire) pour être reconstruit plus haut. Seuls les comptes de Jeanne d’Évreux (XIVe s.) nous le confirment, car l’arasement de 1750 a fait disparaître toute trace archéologique à ce niveau.


    Vestiges du chemin de ronde est

    Restitution du chemin de ronde en gaine


    L'accès à la poterne : La fouille, sur la lice S.O. de l’accès à la poterne sur douves, a montré trois grandes périodes. Une période initale limitait l’étroit couloir (3 m) d’entrée du château sur la lice, par d’épais murs latéraux, Ce passage prolongeait le franchissement des douves par une passerelle (amovible). Au début du XIVe s. (période II) était créée une porte piétonne et une porte charretière précédées de leurs ponts-levis. Cette modification entrainait l’élargissement du passage d’entrée par la reconstruction de ses murs latéraux. Un petit bâtiment était accolé au passage. Une poterne, de 1,30 m d’ouverture, aux jambages décorés, était percée dans le mur d’escarpe. La décoration est formée d’un chanfrein vertical creusé d’un cavet aboutissant à la base sur une feuille d’acanthe. La liaison du passage d’entrée avec la poterne se faisait par un couloir arciforme. Son accès était fermé d’une porte. A partir de la fin du XVe s. (période III), le seuil de la poterne est surélevé et le sol de l’allée en pente douce, conduisant aux douves, est pavé de grès. La remontée de l’eau entraina, après le début du XVIe s., un remblaiement partiel du passage pavé. Le rehaussement du seuil de la poterne a été établi avec des matériaux de réemploi, dont un élément d’architecture en calcaire lutétien sculpté d’un riche motif floral et feuillagé, d’un traitement particulièrement délicat. Il témoigne de la richesse des sculptures de l’hôtel seigneurial (chapelle ?) entre le XIVe et le XVe s.

    Pavage du couloir d'accès à la poterne

    Restitution de l'accès à la poterne (phase 3)


    SÉLECTION DE MOBILIER ARCHÉOLOGIQUE:
    Carreaux de pavement bicolores estampés :
    Dimensions : 11 x 11 cm. Blason royal semi de fleurs de lys et lion rampant à dextre.
    Carreaux posés dans la première moitié du XIVe siècle par Jeanne d'Evreux veuve de Charles IV le Bel, pour décorer le sol de son hôtel seigneurial.

    Plâtres peints :

    Première mise au jour des vestiges de la décoration murale de l'hôtel seigneurial.
    - Blason de Jeanne d'Evreux XIVe s. : "D'azur semé de fleurs-de-lys d'or, à la bande camponnée d'argent et de gueules".

    - Fragment de motif quadrilobé. XIVe s.

    Elément de moulure richement sculptée:

    Calcaire lutétien. Facture de la fin XIVe - début XVe siècle. Ce remarquable fragment d'architecture était utilisé en remploi pour surélever le seuil de la poterne vers la fin du XVe siècle.

    Situation d'origine : chapelle ?


    Les rapports de fouilles annuels sont disponibles sur commande